Christophe Gregório

Hideyuki Ishibashi | « Macula »

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Le Fresnoy – Panorama 20 (2018)

Conception & expertise techniques ; fabrication.

La perte de matérialité de la photographie s’est imposée avec l’apparition des smartphones qui ont conduit peu à peu à la disparition du sens même de l’acte de photographier. Tout ce qui nous entoure ne semble avoir pour seule finalité que la projection sur un écran, y compris nos propres visages déformés et maltraités par des selfies convulsifs. Autrement dit, prendre une photographie consiste à remplacer l’objet et soi-même par une représentation codifiée et commerciale alignée sur ses semblables. Rapprocher l’image d’un idéal normé en chassant l’obscurité par la lumière devient une référence esthétique. La photographie moderne est ainsi parfaitement plate et nette, quand bien même il s’agirait de nourriture, d’un paysage ou d’un portrait.

Que se passe-t-il subitement si les ombres prennent le pouvoir sur la lumière ?

Ce projet est un miroir. Ce miroir d’ombres reflète la silhouette du visiteur, tandis qu’un miroir classique en capte le reflet. L’ombre n’est pas immédiatement reflétée, elle est dessinée progressivement en quelques minutes pendant lesquelles le spectateur ne peut pas se déplacer.

Ces quelques minutes peuvent sembler longues dans un monde où rythme et vitesse s’affirment comme valeurs y compris dans l’acte de photographier. La silhouette ainsi fixée dans le miroir perdra progressivement son apparence lorsque le spectateur s’éloignera. Image et temps disparaîtront alors comme le sable dans le sablier, illustrant le côté éphémère de l’existence même qui nous fait retourner à l’état de poussière.

Hideyuki Ishibashi

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