Christophe Gregório

Ina Mihalache | « Ma présence suffit à enchanter le monde » | « Les buveuses d’eau »

< Projets >

« Ma présence suffit à enchanter le monde »
Le Fresnoy – Panorama 20 (2018)

Conception technique et réalisation décor.

Une personnalité d’internet décide de délocaliser son espace de représentation sur un plateau de théâtre pour étudier l’origine de son narcissisme — qui est aussi celui de toute une génération.
Elle s’est isolée dans une longue et fine boîte transparente pour recréer les conditions rassurantes du virtuel. Les spectateurs équipés de casques sont installés de part et d’autre de ce laboratoire existentiel. Ils assistent de l’intérieur à une plongée analytique collective en forme de confession brute et parfois chantée.
La musique électro-sensorielle est distribuée dans les oreilles du spectateur de manière à lui masser l’âme. De très subtils bruitages en direct viennent amplifier l’expérience binaurale. C’est un bain sonore à visée quasi thérapeutique.
Entre extase et cauchemar éveillé, Ina Mihalache réussit à créer une bulle de réconfort où chacun est libre de remonter le fil du soi. Depuis l’ataraxie du fœtus jusqu’à l’hyper conscience cosmique, en passant par d’inévitables trous d’air.

Ina Mihalache


« Les buveuses d’eau »
Le Fresnoy – Panorama 19 (2017)

Conception technique et construction.



Installation

Trois fauteuils-baignoires se sont réunis dans l’espace d’exposition. Ils proposent de prendre en charge le corps du visiteur qui, séduit par leur chant comme on le serait par celui des sirènes, osera s’asseoir dans leur habitacle.

Vous glissez alors dans l’environnement utopique imaginé pour votre bien.

Dans ce landau pour adulte en forme d’oreille, on vous murmure des phrases étrangement bienfaisantes. Vous pouvez vous appuyer dessus. Vous êtes encouragé à l’abandon : détente absolue de tous les membres y compris la tête, car vous avez franchi la frontière d’un état qui échappe aux usages productifs. Désactivation du social. Vous expérimentez une qualité d’absence particulière.

Les sons et les voix vous parviennent depuis la tuyauterie, amplifiant là votre sentiment d’immersion. Les yeux dans le vague, vous flottez : la catharsis est lentement liquide. Vous pouvez rester ainsi toute une journée, voire la vie entière. Mais vous reconnaissez ces mots de Henri Michaux qui ont déjà résonné tout à l’heure dans votre cachette. C’est le voyage-retour à bord de la capsule semblant venir du bout du monde.

« Aux amateurs de perspective unique, la tentation pourrait venir de juger dorénavant l’ensemble de mes écrits, comme l’œuvre d’un drogué. Je regrette. Je suis plutôt du type buveur d’eau. » Henri Michaux, Misérable Miracle

Ina Mihalache

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